Le chameau qui pleure

Publié le par mycr

Il est toujours fascinant de voir combien certaines œuvres d'art, livre, peinture ou sculpture, musique, film, réussissent à combiner une recherche sur toute une série de sujets qui ne l'alourdissent pas ni le dispersent mais l'enrichissent et l'élèvent.

Je viens de voir un DVD qui combine psychologie, ethnographie, anthropologie, musicologie, mythologie, la liste n'est pas exhaustive.  Il aborde le thème de l'amour maternel, et du refus de cet amour (c'est d'ailleurs un thème d'actualité), du traumatisme d'une mère, dû aux douleurs de la naissance, qui pour cette raison refuse sa progéniture.  Il a aussi comme thèmes le respect et la compréhension de l'autre : les hommes vis à vis des hommes, les hommes vis à vis de la nature (faune, flore et la terre elle-même).  Oui, l'empathie ne concerne pas seulement les hommes entre eux, mais les hommes et leur environnement.  Et par cela on peut remonter aux hommes de l'antiquité et de la préhistoire confrontés à la nature.  Quelle était leur compréhension, leur réaction vis à vis des problèmes qu'ils ont pu rencontrer.  Quels moyens avaient-ils?

L'histoire se passe en Mongolie, au fin fond du désert de Gobie.   Horizons vastes et vent constant.  Nature implacable.  Des hommes courageux, taciturnes mais chaleureux.  Des petites buttes qui se révèlent être des chameaux, des moutons ou des chèvres ou encore des yourtes.  L'intérieur de ces habitations magnifiques de chaleur, de couleur et d'histoire.  La simplicité et la beauté des habits de soie. Scènes d'intérieur : cuisson du thé au lait, repas, toilette, jeux -osselets, cartes-.  Scènes de tendresse, petit garçon et son agneau, jeune mère et sa petite fille comme en particulier la scène où elle berce l'enfant en lui chantant un air beau et simple.  L'enfant s'endort paisiblement.  On ne sait pas si la musique est traditionnelle où si la femme suit sa propre inspiration. 

Le printemps arrive.  C'est le temps des naissances dans les troupeaux.  Scènes touchantes entre le petit garçon et des agneaux.  Amusantes aussi.  Les chamelles mettent bas l'une après l'autre.  Une jeune chamelle primipare s'éloigne comme affolée par ce qu'elle ressent.  Le chamelon arrive enfin.  Cela dure deux jours malgré l'aide des hommes.  C'est un beau petit chamelon blanc.  La mère refuse de le laisser têter.  Le repousse, s'éloigne.  Les hommes aident le petit animal à survivre en lui donnant le lait d'autres chamelles (un biberon en corne de bouquetin.  Aparté : cela fait penser aux rhytons thraces, l'histoire des hommes est un immense trait d'union -et devrait être vu comme tel et non comme une source de division).  Mais ce n'est qu'une solution temporaire.

Ils envoient leur plus grand fils que son petit frère veut absolument accompagner, à dos de chameaux vers l'agglomération pour chercher de l'aide.  Scènes intéressantes de la tradition face à la modernité : électricité, voitures et motos, télévision, jeux vidéos, et même, crème glacée.  Cette aide qu'ils veulent obtenir est celle d'un musicien.  C'est d'ailleurs intéressant que c'est dans la "ville" moderne que la tradition se trouve.  En effet la tradition veut qu'un rite musical du "violon-violoncelle" mongol (le nom de cet instrument à deux cordes et archet, est je crois le Morin Khuur) soit efficace dans ces circonstances.  Cela semble totalement hurluberlu.

Retour au village. 

Le musicien (qui arrive en voiture) en habits traditionnels (alors qu'en ville, il était habillé de façon occidentale) accorde son instrument en le faisant résonner avec le vent sur le dos de la chamelle.  La mère entame un chant simple tout en caressant la jeune chamelle.  Le violoniste la suit.  Images étonnantes de la chamelle et des animaux pris par  ce ruban de musique qui se déroule comme un ruban de soie dans le vent.  Le petit que l'on avait retenu un peu à l'écart est amené.  La jeune femme essaie de le mettre sous la chamelle.  Mais c'est encore trop tôt.  Finalement une larme apparaît dans l'œil de la chamelle puis un véritable flot de larmes.  L'animal touché se transforme.  En perd son blocage et accepte que son petit vienne têter. 

L'écrire sonne artificiel.  Pourtant la scène n'est pas montée.  On est vraiment dans la sagesse et la mémoire ancestrale de l'humanité.  Quand elle prenait le temps d'observer et respectait son environnement. 

On peut voir aussi dans ce film la force discrète et pourtant immense des femmes, par leur amour, leur sourire, la nourriture qu'elles ont préparée.  Elles entretiennent et embellissent la vie mais surtout elles donnent et redonnent la vie.  Elles ont la mémoire et la technique.  On est tout proche des déesses mères préhistoriques. 

Le film a été réalisé en 2003 par deux jeunes réalisateurs : Byambasuren Davaa, une jeune femme mongole et Luigi Falorni un jeune homme italien, juste diplômés de l'école bavaroise de cinéma à Münich.  Elle connaissait la légende depuis son enfance.  Pour le film, mi-documentaire mi-film elle a cherché une famille avec un grand troupeau dans l'espoir que par le nombre d'animaux, un cas apparaisse et la légende puisse se vérifier.  Sinon elle aurait eu un beau documentaire sur la vie des nomades en Mongolie.  Le hasard a voulu que le chamelon soit blanc. 

J'ai vu le film en mongol (que je parle couramment!!!). Heureusement sous-titré en allemand.  Il est aussi doublé en allemand, mais c'est bien plus beau dans la langue d'origine.  En cherchant une illustration je vois qu'il y a une version en français. 


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sixtine 10/08/2009 18:07

Ah, merci, Mycr, de nous signaler une oeuvre de qualité...
Je note et je vais me la procurer. Amitiés.